Bonjour à tous, je vais vous soumettre pour ma part un court compte rendu de ma
démarche auprès de DELL, étant donné qu'Adrien a déjà été assez prolixe à ce
sujet.
- 27 Novembre 2003 : achat en ligne d'un ordinateur de bureau DELL, fourni avec
les logiciels "Sonic", "Cyberlink PowerDVD", "Microsoft Works 7.0" ainsi
qu'avec le système d'exploitation "Microsoft Windows XP Edition Familiale
SP1".
- réception du matériel : je ne prends malheureusement pas le temps de démarrer
l'ordinateur sous Windows XP (et ne peut hélas prendre connaissance du
contrat OEM) et installe immédiatement un système d'exploitation libre. Tous
les logiciels sus-mentionnés m'ont été livrés (certains étaient accompagnés
de leur licence) sur copies CD.
- Décembre 2003 : je lance une première offensive discrète, pour prendre la
température. j'appelle le service retour de DELL Southern Europe (basé à
Montpellier). j'explique simplement à l'opératrice que je voudrais retourner,
contre remboursement, les logiciels qui m'ont été fournis avec mon
ordinateur, lui expliquant que je n'en ai aucune utilité. Après m'avoir fait
goûter pendant plusieurs minutes à la finesse sublime de l'attente musicale
DELL, celle-ci me répond d'une part qu'il n'est pas possible de retourner
séparément matériel et logiciels, "l'offre ne constituant qu'un lot" ;
d'autre part, elle pense me faire remarquer avec beaucoup d'intelligence que
j'ai accepté en toute conscience le contrat OEM à l'achat du matériel (ce qui
est faux, rappelons que celui-ci est fugitivement affiché à l'écran au
premier démarrage de l'ordinateur ; c'est-à-dire postérieurement à la vente).
- Janvier 2004: d'après les conseils d'un membre de ma famille juriste de
profession, j'adresse une lettre recommandée avec accusé de réception au
Directeur de DELL Southern Europe le 2 Janvier 2004. La lettre est la
suivante :
M le Directeur de DELL Southern Europe 1 Rond Point
Benjamin Franklin 34 938 Montpellier Cedex 9
Offre n° IR1681-3077837 Facture n° 6400539894 Client n° FR 228 1032
Lezennes, le 2 Janvier 2004
Monsieur le Directeur,
J'ai fait l'acquisition auprès de votre société, sur votre site Internet, de de
matériel informatique le 27 Novembre 2003 selon l'offre en référence. Ce
matériel m'a été livré avec les logiciels « Sonic », « Cyberlink
PowerDVD » et
« Microsoft Works 7.0 » ainsi qu'avec le système d'exploitation « Microsoft
Windows XP Édition familiale SP1 ».
Or je n'ai pas l'utilité de ces programmes dans la mesure où je suis un fervent
utilisateur de logiciels libres (basés sur le système d'exploitation GNU/Linux
notamment).
C'est pourquoi, conformément au droit français, je vous demande le
remboursement des logiciels qui ont été livrés avec mon matériel.
Après quelques recherches, j'estime que ce remboursement s'élève à la somme de
261 euros.
Bien évidemment, je tiens à votre disposition les copies ainsi que les licences
des dits programmes telles que je les ai reçues, sous enveloppes plastiques.
Dans l'attente de votre réponse dans les meilleurs délais, je vous prie
d'agréer, Monsieur le Directeur, l'expression de mes sentiments distingués.
La lettre est sobre mais ferme. Le flou au niveau des arguments est intentionné
: l'idée était de ne pas consommer tous mes atouts dès le courrier
d'information. Il s'agit là juste d'une lettre d'information ; le fait de
l'adresser à la direction constitue juste un gage de ma détermination.
- Janvier 2004 : 2 jours après réception de l'accusé, un message est laissé sur
mon répondeur : une personne du service retour de DELL Southern Europe
souhaite prendre contact avec moi. je la rappelle en compagnie de mon
"conseiller juridique" (cf ci-dessus). Le principal argument que nous avons
développé était le fait avéré de vente forcée (ou vente par lot, interdit par
le code national de la consommation. Une multitude d'autres arguments peuvent
être avancés, comme le fait de ne pas mentionner les prix au détail sur la
facture, voir le site Web de linuxfrench pour plus de renseignements).
Ensuite, sur un ton très courtois (l'interlocutrice était incroyablement
compréhensive), nous lui avons fait part de mes déboires, du temps perdu à
devoir ré-installer entièrement mon système (depuis les sources en plus !
:)). A l'issue d'une conversation très courtoise donc, nous lui avons
explicité nos attentes, c'est à dire un remboursement des logiciels, à
hauteur de 261 euros. C'est à ce moment qu'elle nous a indiqué qu'aucun
remboursement n'était possible mais qu'un geste commercial à hauteur de 10 %
(je crois) était envisageable pour "réparer le préjudice". Nous lui avons
naturellement demandé si DELL avait déjà traité des plaintes similaires et
comment leur service juridique appréhendait ce problème.
- Janvier 2004, seconde conversation téléphonique : quelques jours plus tard,
après s'être renseignée, notre interlocutrice nous a indiqué qu'effectivement
DELL traitait régulièrement des plaintes similaires à la mienne. De plus,
dommage pour moi, la validité de leur contrat a toujours été démontrée au
cours des précédents cas. Si bien que DELL a rédigé un courrier type, envoyé
à chaque plaignant pour lui démontrer la légitimité du contrat OEM DELL.
C'est là que la personne qui m'a conseillé a posé la géniale question : "Est
ce que ce document a été approuvé par quelconque autorité juridique ?" (c'est
bien beau d'être en accord avec soi-même, c'est encore mieux de l'être avec
la justice). Après un bref moment d'hésitation, la réponse qui s'est fait
entendre était "non" (un très comique "non" d'ailleurs :)). Nous demandons
donc de nous faire parvenir le dit courrier, pour pouvoir ... "l'étudier"
(est-ce utile de préciser que je n'ai jamais reçu leur courrier-plaidoyer ?).
Après une assez lente conversation et l'exposition d'arguments nouveaux, nous
lui affirmons que nous resterons fermes sur nos positions (remboursement de
261 euros), faute de quoi nous engagerons les procédures nécessaires pour
obtenir les éclaircissements de la justice (et là c'est la première fois
vraiment qu'on les menace de porter plainte : c'est en fait une démarche très
coûteuse pour les deux partis. je dirais que ça coûte d'autant plus cher à
DELL que la société serait contrainte dans ce cas de déplacer des cadres
dirigeants, pour un procès loin d'être gagné d'avance). Et là,
l'interlocutrice nous propose un geste à hauteur de 20% du prix de
l'ordinateur (soit 219 euros), nous expliquant qu'il n'est pas possible pour
eux de faire plus. La somme nous paraissant suffisante, nous avons accepté.
- Janvier 2004 : signature du protocole de remboursement.
- Février 2004 : réception d'un chèque de 219 euros.
Pour conclure, je voudrais mettre en avant les points suivants : - il m'aura
fallu très exactement 49 jours pour obtenir mon "remboursement" (entre l'envoi
de mon courrier et la réception du chèque), ce qui me paraît être peu. -
j'aurais passé en tout et pour tout 3 appels téléphoniques (d'une durée
relativement importante) et envoyer un seul courrier (en recommandé cependant)
Ce que je veux dire par là c'est que la démarche me paraît, a posteriori,
étrangement facile. C'est pourquoi j'encourage quiconque à en faire de même (y
compris les utilisateurs de logiciels propriétaires : un refus unilatéral de ce
type de vente forcée ne peut qu'inciter les distributeurs de matériels à revoir
leur position). L'unique précaution est de ne pas croire au remboursement
strict : on ne peut malheureusement viser qu'un "geste commercial", accordé aux
quelques personnes qui auront eu le courage de raller plus fort que la
majorité. DELL, comme les autres distributeurs, tire avantage d'un "geste
commercial à hauteur de 20%" : cela leur coûte beaucoup moins cher qu'une
action en justice et leur permet de rester de leurs marges de profits (il me
semble). Ces gestes commerciaux sont aujourd'hui marginaux et ne les incitent
donc pas à modifier leur position.
Il est impératif que chacun se rende compte que les clients n'osant pas se
plaindre payent pour ceux qui l'osent. Cette stratégie commerciale (qui
consiste à surfacturer la majorité, ou à lui fournir un service de qualité
moindre, et à surpayer le silence des plaignants) est utilisée aujourd'hui par
une majorité de compagnies, ce à l'encontre du bien être collectif de leur
clientèle. Ce genre de modèle sournois doit être aboli. C'est pourquoi
j'encourage mes proches, ma famille, mes amis, mes collègues à en faire autant,
dans l'espoir que ma démarche se banalise et que la position des distributeurs
de matériel s'infléchisse.
Protocole de remboursement : 